Une rencontre avec les personnages, les lieux de mon tome 1. La suite de l'aventure avec le tome 2 (mon troisième roman). Sa réalisation, sa publication et sa diffusion.Et, une réflexion sur l'activité culturelle de notre région.
Dans le cadre de la diffusion par Arte (ce soir) d'un documentaire sur les bâtisseurs de cathédrales voici un nouvel extrait de mon tome 2 :
– Je crois que nous assistons à la réconciliation entre le spirituel et le matériel. La cathédrale, à travers ses statues, ses structures, sa disposition du levant au couchant par rapport à Jérusalem, sa manière de « raconter la Bible aux pauvres et aux ignorants », donne une représentation de la religion de l’incarnation, qui parle et qui rassemble tout le monde, sans distinction de titres ni de classes. Je pense que la principale caractéristique de ce nouveau style est que les murs épais, de style roman, vont céder la place à de minces piliers qui supporteront tout le poids des arcs et des croisées d’ogives. Ces bâtiments novateurs seront des puits de lumière, grâce à l’emploi des vitraux, dont mon ami Pierre pourra vous dire un mot si vous le souhaitez.
Un mouvement d’approbation parcourut la petite foule présente. L’intéressé, un petit homme trapu au nez aquilin et au regard franc et ouvert, prit position à côté du magister et dit :
– J’aimerais vous raconter une histoire qui m’est arrivée il y a de cela quelques années déjà, dans une ville dont, par courtoisie, je tairai le nom. (...) On s’y retrouve pour parler affaires qui souvent n’ont rien de religieux. Des compagnons m’ont même rapporté que dans certaines villes où ils ont travaillé sur des chantiers de cathédrales, les bourgeois ne construisaient pas d’hôtel de ville ! Il semblerait même que les représentants de la commune aident à financer la cathédrale, avec l’arrière-pensée d’y tenir leurs réunions. (...) Ainsi dans chaque verrière, chaque corporation, le charron, le charpentier, le tailleur de pierres, le maréchal-ferrant, le marchand de drap, se faisait représenter dans un médaillon de la partie inférieure du vitrail, c’est-à-dire le plus proche des clients potentiels. Croyez-moi, en vérité, c’est ainsi que les choses se sont déroulées.
Autour du maître verrier Pierre, les rires fusèrent. Sauf frère Tuck qui, lui, ne goûtait pas du tout ce genre de plaisanterie.
– Votre confrérie ne s’est pas oubliée, je suppose ? demanda-t-il acerbe.
L’interpellé eut un sourire et confirma que non ! Ce qui eut pour effet de redoubler l’hilarité du groupe.
– En somme, tout va bien pour vous ! maugréa le moine, avec un rictus mauvais aux coins des lèvres.
– Pas tout à fait, répliqua l’artisan. Car voyez-vous, depuis l’antiquité on fabrique le verre avec de la soude extraite du sel marin. Comme la demande en vitraux augmente et que le sel est de plus en plus cher, nous commençons à le remplacer par de la potasse, issue des cendres de bois du chantier de construction.
– Mais ce n’est pas comparable ! s’écria l’homme d’Eglise.
– En effet, admit son vis-à-vis. Ces verres potassiques sont solubles à l’eau, et les intempéries risquent de les dégrader en quelques années.
Frère Tuck haussa les épaules d’indignation. (...)